Et on n'en revient toujours pas
Voilà, ça va faire neuf mois qu'on l'a à nos côtés, parfois entre nos deux corps allongés, quand c'est nous qui craquons pour l'avoir près de nous ; souvent chacun sa bouche collée sur chacune de ses joues ; tout le temps dans l'attente du sourire béat de sa petite satisfaction personnelle, sa vie ; pendus à ses lèvres rouges pour un son, un rire, un baiser la bouche grande ouverte. Et les grands yeux émerveillés, ce sont les nôtres. Alors que lui découvre son monde, nous le découvrons, plus curieux, plus amoureux, plus ébranlés, terrassés qu'il ne le comprendra sans doute jamais. C'est notre beau mystère à nous, notre histoire à bulles de champagne, notre leçon de vie. On le mange, on le dévore, on s'en régale jour après jour, il nous remplit, il nous épuise.
Pourtant, c'est simple, on l'a fait, il est là, on avance maintenant ensemble. Mais il nous fascine et on ressent encore le besoin de poser notre menton sur nos mains croisées et, sans bruit, de le contempler de loin, en nous disant qu'il n'est pas juste un rêve. Qu'il est notre réalité.